Notaire et créances : qui est payé en premier lors d’une vente

Lors d’une vente immobilière, le notaire ne verse pas le prix au vendeur tant que les créances qui pèsent sur le bien ne sont pas réglées. Il paie d’abord les créanciers inscrits, comme la banque qui détient une hypothèque, puis les sommes dues au syndic et les impôts exigibles, et remet le solde au vendeur. Cet article détaille les vérifications, l’ordre de paiement, le cas d’un prix insuffisant et les moyens d’un créancier pour être payé.

Pourquoi le notaire règle les créances avant de payer le vendeur

Le notaire reçoit le prix de la vente et le répartit. L’acheteur doit recevoir un bien libre de toute inscription : tant qu’une créance garantie reste ouverte, elle peut suivre le bien chez son nouveau propriétaire.

Une créance désigne ici une somme que le vendeur doit à un tiers et qui grève le logement : capital d’un prêt garanti par une hypothèque, charges de copropriété impayées, dette fiscale. Si le notaire verse le prix au vendeur sans désintéresser ces créanciers, il engage sa responsabilité. C’est pourquoi il règle les dettes avant de remettre le solde.

Les vérifications du notaire avant la signature

Le notaire demande d’abord un état hypothécaire au service de la publicité foncière. Ce document liste les inscriptions qui grèvent le bien : hypothèques, privilèges, saisies éventuelles.

Il contacte ensuite chaque créancier inscrit pour obtenir un décompte. Pour un prêt immobilier, ce décompte comprend le capital restant dû, les indemnités de remboursement anticipé et les frais de mainlevée. Le notaire contrôle alors que le prix couvre ces sommes.

En copropriété, il s’assure aussi que le vendeur ne doit rien au syndicat. Une attestation de moins d’un mois, remise par le syndic, le prouve. Pour les dettes de l’État, le vendeur peut aussi consulter ses créances publiques en ligne avant la vente afin d’éviter une surprise le jour de la signature.

L’ordre de paiement des créances sur le prix de vente

Le notaire règle les créances selon leur rang. Les créanciers hypothécaires passent en premier, dans l’ordre de leur inscription : le plus ancien est payé avant les suivants. Le rang dépend de la date d’inscription, pas du montant de la dette.

Dossiers de créances classés sur une table avant la signature de la vente

À la signature, le notaire prélève sur le prix la somme due à la banque et la lui verse directement. Il demande en même temps la mainlevée de l’hypothèque. Viennent ensuite les créances du syndicat des copropriétaires, puis les impôts liés à la vente, notamment l’impôt sur la plus-value immobilière lorsqu’il est dû, que le notaire déclare et règle lui-même.

Les créanciers simples, sans garantie, passent après, et seulement s’ils ont fait opposition entre les mains du notaire. Le vendeur reçoit le solde en dernier.

Les frais de notaire n’entrent pas dans cette cascade : ils sont à la charge de l’acquéreur, qui peut estimer le budget des frais de notaire à prévoir avant de signer.

Le cas du syndic de copropriété

Quand le vendeur ne fournit pas d’attestation, le notaire envoie un avis de mutation au syndic dans les 15 jours suivant la signature, par lettre recommandée avec accusé de réception. Le syndic dispose alors de 15 jours à compter de la réception pour s’opposer au versement du prix.

Son opposition doit indiquer le montant et la cause de la créance, ainsi qu’un domicile élu, sous peine de nullité. Seules les sommes liquides et exigibles au moment de la vente sont concernées : les provisions sur charges à venir en sont exclues.

Mainlevée et purge des hypothèques après la vente

Quand le prêt est remboursé grâce au prix de vente, la banque signe une mainlevée qui l’autorise à lever son hypothèque. Les frais de mainlevée représentent en moyenne entre 0,15 % et 0,50 % du montant du prêt majoré, la base de calcul étant le capital initial augmenté de 20 %. Les indemnités de remboursement anticipé s’y ajoutent et figurent dans le décompte.

Si le crédit est entièrement remboursé depuis plus d’un an, l’hypothèque tombe automatiquement. En dessous, une mainlevée reste nécessaire. Après la vente, l’acquéreur reçoit un titre de propriété à jour : le modèle d’acte de propriété remis par le notaire montre ce que contient ce document.

Quand le prix ne suffit pas à rembourser toutes les créances

Si le prix ne couvre pas toutes les dettes inscrites, le notaire peut refuser de conclure la vente. Il faut alors obtenir l’accord des créanciers pour qu’ils lèvent leur inscription malgré un remboursement partiel. Sans cet accord, la vente reste bloquée.

Une procédure contentieuse en cours, comme une saisie immobilière ou une hypothèque judiciaire, bloque aussi la vente classique sans l’accord du créancier ou du juge. Le vendeur reste débiteur de la part de la dette que le prix n’a pas couverte.

Un blocage de ce type retarde la signature de l’acte. Les recours possibles en cas de non-respect de la date de signature dépendent de la cause du retard.

En cas de litige avec l’étude elle-même, par exemple sur un paiement erroné, il existe des recours contre le notaire lors d’une vente.

Remise d'un courrier d'opposition à l'étude du notaire

Créancier du vendeur : comment se faire payer chez le notaire

Un créancier qui n’a ni hypothèque ni privilège peut tenter de se faire payer sur le prix. Il fait opposition entre les mains du notaire avant que celui-ci ne verse les fonds au vendeur. Pour obtenir un paiement forcé, il lui faut un titre exécutoire, par exemple un jugement, et l’intervention d’un commissaire de justice.

Le notaire ne peut pas ignorer une opposition régulière : il doit conserver les sommes concernées. Quand un syndic s’oppose et que le vendeur ne s’accorde pas avec lui, le notaire verse les sommes retenues au syndicat dans les 3 mois suivant l’opposition, sauf contestation devant le tribunal.

Le cas d’un bien vendu dans une succession suit la même logique : le notaire règle le passif du défunt avant le partage, ce qui suppose que les créanciers de la succession déclarent leurs créances dans le délai prévu par la loi. Un créancier qui se manifeste trop tard risque de ne rien recevoir sur le prix.

Pour un vendeur comme pour un créancier, la règle pratique est la même : demander tôt le décompte ou déposer l’opposition avant la signature, car une fois le prix versé, la démarche devient bien plus difficile.

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